Frangine
La première fois que j’entrais à l’appartement rue Marceau,
j’entrais pour la première fois
dans une maison, un foyer, une famille ;
une œuvre.
Parfois les portes se blindent par noblesse,
car le commun des visiteurs n’est pas toujours bien préparé
à la liberté qu’on peut trouver à l’intérieur.
Nous étions censés nous rencontrer, nous faire la bise peut-être ;
Ici c’est deux,
Ici c’est quatre,
Ici c’est trois…
Chez nous, c’est zéro ;
on se prend directement dans les bras.
Ou la porte reste fermée ou on te laisse la clé,
c’est pas plus compliqué que ça.
Nous étions donc censés nous rencontrer,
je crois que nous venions de nous retrouver,
pour ainsi dire, de nous rentrouver.
Nous n’étions pas seulement de la même forêt,
nous étions du même bois ; (du même feu de joie ; )
avions inventé de mêmes lois ;
où on pouvait fumer dans toutes les pièces (y compris les toilettes-discothèque)
et dormir jusqu’à treize heures (s’il se doit)
et ce dès la première fois.
« C’est que tu en avais besoin »…
et le café n’est même pas froid…
Un jour, je leur ai posé la question, (à Laurence et François,)
dans cette cuisine immensément exigüe, aux places (bien entendu) non attribuées,
où les p’tit-dej ravivent comme une vibration de réveils au camping,
tu t’assois où tu veux quand tu te réveilles au camping,
ben là c’est pareil… la même poésie légère et exigeante qui ne parle ni travail ni vacances, vu que tout est déjà là ;
le soleil, le bon temps, le bon temps chaleureux…
Ça donne envie de faire des salades de fruits,
je n’avais jamais mangé d’aussi bonnes merguez en intérieur.
Tout est tellement là ; je ne me suis jamais demandé pourquoi je recevais tant de cartes postales…
Tiens d’ailleurs, je reviens tout juste du Festival d’Avignon, tout s’est bien passé, (comme sur des roulettes russes,) tout le long j’ai gardé sur moi cette carte, je pense qu’elle y est pour quelque chose : MOI J’AIME.

Tu as toujours su restaurer l’épaisseur des mots les plus simples…
J’ai d’ailleurs pu distiller quelques mots du Daron, je me suis dit que ça vous ferait plaisir, j’ai choisi :
La vie commence la nuit. Tu sais : les enfants de la peur, et ceux de l’amour et les fils de famille sont conçus dans le noir / Dehors mes fantômes préférés se promènent modestement le long des trottoirs
à la recherche d’improbables lendemains…
Enfin un jour je leur ai posé la question :
« mais comment vous avez fait ? »
j’avais hâte que ma future femme voit ça, car pour la première fois, il m’apparaissait possible de concilier à la fois, et l’amour et la liberté et… la créativité.
« alors, comment vous avez fait ? »
« ben comment on a fait quoi ? »
Ça semblait leur sembler normal, (presque étonnés de la question,)
« comment vous avez fait pour que circule au sein de votre famille cet amour véritable ? » (ce n’est pas donné à tout le monde) « et pour que le vôtre à vous, car avant même d’être parents, vous avez su rester enfants… comment vous avez fait pour que cet amour demeure si sûr, si franc, si rassurant et si durable ? »
je dirais même enviable ;
car d’une j’en ai envie ! mais en plus et surtout
ça a l’air viable !
Comment c’est possible ?!!
Comment vous avez fait ?!
[…réponse…]
« il ne faut faire aucune concession ! »
« d’autant qu’une concession, c’est aussi comme ça qu’ils appellent une pierre tombale… »
(Bon peut-être qu’au début, tu peux aller à un concert alors que t’aime pas trop l’artiste hein…)
« mais surtout il faut rire ! oui ! il faut rire ! ça c’est important, il faut rire ! rire ! rire ! »
(ah oui ça c’est vrai…)
« il faut rire, mordel de berde ! »
Félix, Marius, Nina, François :
merci.
J’avais toujours rêvé d’avoir une sœur.