Ne pas s’effondrer

Aussi loin que je me souvienne, tu as toujours été, à mes yeux ainsi qu’à ceux de nos proches, quelqu’un d’exceptionnel.

Ton investissement et ta détermination que tu as toujours su manier afin d’obtenir les meilleurs choses, pour tes enfants en priorité mais aussi pour les autres était remarquable.

Un jour, un copain d’enfance aujourd’hui perdu de vue s’est fait arracher sa casquette par un plus grand que nous à une brocante dans le haut Montreuil.

Il s’était alors regroupé avec trois autres personnes que tu avais repérées grâce à ta légendaire vue de pilote de chasse.

Ta combativité m’était déjà connue mais c’est ce jour-là, à douze ans environ, que je l’ai rencontrée et comprise pour la première fois.

Tu as alors foncé à leur rencontre et réclamé la casquette.

Il ne t’a pas fallu longtemps ni de phrase à rallonge afin de la récupérer car cette demande accompagnée de ton regard déterminé les a fait plier en moins d’une seconde et tu as pu la lui rendre.

Cette anecdote résume parfaitement la suite qu’on a tous connue de toi les années qui ont suivi.

Ce dévouement et tes convictions faisaient partie intégrante de ta personne.

Que ce soit pour nous inscrire dans une école qui te semblait meilleure, pour que, malgré le manque de budget, nous puissions prendre un maximum de vacances et pour que surtout on ne manque de rien tu étais prête à perdre des kilos.

Ces valeurs et cette débrouillardise que tu nous as transmises depuis la tendre enfance resteront à tout jamais dans nos mémoires et dans nos cœurs.

Je me souviens de cette soirée, à notre retour de vacances, où nous n’avions plus d’essence et plus qu’un seul euro en poche où tu as décidé de le jouer lorsqu’on a vu un casino sur le bord de la route.

Comme par magie tu as empoché les 17 euros nécessaires à notre retour à la maison.

Cette débrouillardise que tu nous as enseigné, il est clair que tu l’a transmise à tes trois enfants.

Je m’en rends compte chaque jour qu’il est clair qu’on l’a, avec ou sans sous on s’en sortira au mieux.

Lorsque j’ai fait naufrage à Cadiz avec mes amis et que le bateau était au fond de l’eau, nous nous sommes retrouvés sans vêtements et avec très peu d’argent.

On a alors trouvé pleins de solutions pour ne pas s’effondrer et garder le sourire.

C’est aussi ce que l’on doit faire aujourd’hui…

Tu as toujours été là pour les autres et rarement pour toi-même.

Tu as aidé mon collègue qui se faisait exploiter à attaquer aux prud’hommes et il a retrouvé un travail mieux, il est toujours resté reconnaissant.

Lorsque ma colocataire Adjara a accouché, tu as été la première personne à lui offrir un cadeau, un petit ensemble rouge qu’elle a conservé précieusement et qu’elle fera porter avec plaisir à son deuxième enfant si elle en a un.

Ambulancière, tu nous racontais les dérives de quelques patrons, les difficultés du travail avec les surcharges horaires mais surtout tu t’inquiétais toujours pour tes patients, un jour, une semaine voir un mois plus tard.

Bref, tu nous as éduqué dans le pur bonheur et as toujours été pour nous la personne la plus généreuse qui soit, tant dans cet amour incomparable dont tu nous as bien inondé que dans toutes ces belles valeurs que tu nous as transmises.

On tâchera d’en faire de même.

Merci pour tout, tu nous manqueras à tous.

Marius